Luigui Bleand : la discipline qui préserve le rêve de l’enfant qu’il était

Alors que son nouvel album « GOAT » est dans sa dernière ligne droite aux Universal Music Studios de Milan, le travail de l’artiste et producteur dominicain invite à une réflexion sur la discipline, la concentration, le dépassement des obstacles et la fidélité à l’enfant qu’il était.

Photo en noir et blanc de Luigui Bleand, vu de dos, devant la console d’une salle d’enregistrement des Universal Music Studios, à Milan, à côté d’un micro ; son écusson dans le coin Milan, Italie
Luigui Bleand aux Universal Music Studios, Milan.Téléchargement presse · JPEG · 1672 × 941 px · 1.2 MB

Dans une salle d’enregistrement des Universal Music Studios, des panneaux acoustiques garnissent les étagères derrière la console, et l’enseigne du studio est accrochée au mur. Un micro est monté sur son pied, filtre anti-pop en place ; un clavier est posé sur le côté ; deux chaises de bureau sont vides. Luigui Bleand se tient debout devant la console, dos à l’objectif, la tête penchée vers le matériel. À côté de lui, une autre personne travaille.

Dans le champ, il n’y a ni scène ni public. Dans ces studios, l’artiste, producteur et entrepreneur dominicain, aujourd’hui installé à Milan, achève son nouvel album, « GOAT », désormais dans sa phase finale. La concentration est facile à nommer et difficile à maintenir. Sur cette image, on la voit presque : quelqu’un tourné vers ce qu’il est en train de faire, et non vers l’objectif.

Ce qui se construit à cette console a une origine plus ancienne que toute séance : le rêve pour lequel Bleand travaille est né lorsqu’il était enfant. La discipline est aussi une façon de rester fidèle à l’enfant qu’il était, et d’entretenir ce rêve avec le soin d’un adulte.

En musique, la discipline se voit rarement de l’extérieur. Elle vit dans les parties du processus que personne n’entend : la prise enregistrée une nouvelle fois, le niveau ajusté d’une infime fraction, l’arrangement élagué jusqu’à ce qu’il tienne. C’est un principe du métier, mis en pratique chaque jour, qu’il y ait ou non quelque chose à annoncer. Un album comme « GOAT » demande précisément cela. Entièrement produit par Bleand et la productrice Marisa de Filippis, il réunit plus de sept rythmes et influences, du merengue traditionnel aux musiques urbaines. Contenir cet éventail dans un seul disque est en soi un exercice de concentration.

Parfois, la concentration consiste à choisir ce que l’on laisse de côté. En décembre 2024, Bleand a annoncé une pause à durée indéterminée dans sa carrière musicale, afin de se tourner vers des domaines créatifs et entrepreneuriaux en dehors de l’industrie du divertissement. Comme cela avait été rapporté à l’époque, après plus d’une décennie dans la musique, il souhaitait renouveler son élan créatif et explorer des modèles économiques à l’écart de la pression du marché. Ce fut une décision délibérée. Ses canaux officiels sont restés actifs et, en janvier 2026, pendant cette pause, il a publié « Todo Se Olvida », le premier single de la nouvelle ère.

Début 2026, à Milan, Bleand et Marisa de Filippis ont fondé Siamo Arrivati – « nous sommes arrivés » en italien –, une société de production musicale dont la vision affichée est de créer de la musique, du divertissement et de nouveaux environnements créatifs grâce à la technologie et à la superintelligence. « GOAT » est la production en cours de la société, et, pour cet album, Bleand s’est appuyé sur la technologie afin de développer et d’affiner le son. Après de nombreuses années de travail, continuer à apprendre fait aussi partie de la discipline : apporter de nouveaux outils à un métier pratiqué de longue date est une façon de le garder ouvert.

Toute œuvre menée dans la durée rencontre des obstacles, et la plupart sont silencieux. Ils peuvent changer l’ordre des choses ; ils peuvent imposer un choix. Ce qu’ils ne peuvent décider à eux seuls, c’est la direction d’une vie de travail. Les surmonter est rarement spectaculaire : le plus souvent, cela consiste à se remettre au travail le lendemain, devant une console comme celle de la photographie.

« AM BACK », un album enregistré en République dominicaine en 2023, est attendu très prochainement ; aucune date n’a encore été annoncée. « GOAT », en phase finale, n’a toujours ni date de sortie ni liste définitive des titres. La patience relève de la même discipline : elle permet à chaque disque de trouver son heure, sans le précipiter.

La constance se discerne mieux avec le recul. En septembre 2026, un communiqué officiel de son équipe de communication a confirmé le retour de Bleand dans l’industrie musicale. Selon son propre décompte, il revient avec quinze années de disques à son actif, des premières mixtapes dominicaines à ce qu’il décrit comme l’ère du catalogue. Au fil de ces années, la constance prend le visage de la continuité : l’œuvre ne cesse de grandir, un disque après l’autre.

Reste l’image du début : le micro à sa place, les chaises vides, Bleand de dos, la tête penchée sur l’ouvrage. Le premier single de cette ère s’intitule « Todo Se Olvida » – en français, « tout s’oublie ». La photographie prise à Milan suggère une exception : le rêve de cet enfant, préservé chaque fois que l’homme qu’il est devenu revient à la console.